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Un éléphant, ça trompe énormément. Animal fantastique ou perte de référent de Loxodonta africana dans l'Egypte pré- et protodynastique (ca. 4000/2500 av. JC)
Axelle Bremont  1, 2@  
1 : Centre de Recherches Egyptologiques de la Sorbonne  (CRES)
Université de Paris-Sorbonne
1, rue Victor Cousin - 75005 PARIS -  France
2 : UMR 8167 Orient et Méditerranée  (UMR 8167)
CNRS : UMR8167

Les représentations rupestres datables du Prédynastique égyptien, et particulièrement de la période de Nagada (ca. 4000/3100 av. JC) comprennent peu d'animaux « fantastiques » (Hendrickx 2011, Huyge 2004) – hybrides de créatures réelles ou animaux totalement imaginaires. On rencontre cependant, en trois occurrences seulement, une curieuse créature à long cou, à la tête extrêmement réduite, et qui semble pourvue de défenses ; absente dans le reste de la culture matérielle, interpréter ce curieux animal, que l'on serait tenté de compter parmi les créatures fantastiques, semble désespéré. Pourtant, plusieurs éléments permettent de comparer sa morphologie à des représentations d'éléphants légèrement plus anciennes. La déformation affectant les 3 dessins discutés ici semble pouvoir être reliée à la raréfaction progressive de Loxodonta africana du fait de l'aridification de plus en plus marquée des marges égyptiennes. On observe le même phénomène à l'œuvre dans plusieurs figures de la période dynastique et le signe hiéroglyphique de l'éléphant E26 : les défenses se maintiennent (probablement du fait du commerce ininterrompu d'ivoire arrivant des régions plus au sud) mais la trompe subit une déperdition totale de sens qui l'assimile non plus à un appendice nasal, mais à une élongation du cou.

En examinant à la fois des représentations d'éléphants antérieures et contemporaines de l'Egypte néolithique, et des comparatifs pharaoniques, on montrera que ces curieux « animaux fantastiques » à défenses sont en fait probablement des éléphants figurés par des personnes qui n'en avaient jamais observé directement. Peu attesté dans les assemblages fauniques (Achilles Gautier (1994) avait argué que « one elephant doesn't make a savannah »), l'éléphant semble, dès la période de Badari (ca. 4500/4000 av. JC) un animal dont la rencontre, lors de parties de chasse voire dans de possibles « ménageries » (Friedman 2004), est réservée à l'élite sociale et économique. La migration des derniers éléphants vers un Sud moins désertifié aurait encore diminué les chances de rencontrer effectivement l'animal. Sa réduction métonymique à son élément anatomique le mieux connu – la défense d'ivoire – et le télescopage de la trompe, élément anatomique sans parallèle, avec le cou, serait ainsi le signe et la conséquence de la perte de référent de l'éléphant au cours de l'Holocène. 

Bibliographie indicative

FISCHER Henry (1966), « The Abu symbol », The Psychoanalytic Quarterly 35, p. 591-593.

FRIEDMAN Renée (2004), “Elephants at Hierakonpolis”, in Stan HENDRICKX, Renée FRIEDMAN & Krzysztof CIALOWICZ (éds.), Egypt at its Origins. Studies in Memory of Barbara Adams, Londres, Peeters.

GAUTIER Achilles, SCHILD Romuald & WENDORF Fred (1994), “One elephant doesn't make a savannah. Palaeoecological significance of Loxodonta africana in the Holocene Sahara”, Sahara 6, p. 8-17.

HENDRICKX Stan (2011), “Iconography of the Predynastic and Early Dynastic period”, in Emily TEETER (éd.), Before the Pyramids: the Origins of Egyptian Civilization, Chicago, The Oriental Institute, p. 75-81.

HUYGE Dirk (2004), “A double-powerful device for regeneration: the Abu Zaidan knife handle reconsidered”, in Stan HENDRICKX, Renée FRIEDMAN & Krzysztof CIALOWICZ (éds.), Egypt at its Origins. Studies in Memory of Barbara Adams, Londres, Peeters, p. 823-836.

IKRAM Salima (2012), “From food to furniture. Animals in Ancient Nubia”, in Marjorie FISHER & Chester HIGGINS, Ancient Nubia. African Kingdoms on the Nile, Le Caire, AUC Press, p. 210-224.

MORKOT Robert (1997), “There are no elephants in Dongola: notes on Nubian ivory”, CRIPEL 17, 3, p. 147-154.


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