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« Couper le bronze » dans l'Italie des VIe-IVe siècles av. J.-C. : du mot à l'objet
Nicole Guilleux  1, *@  , Pierre-Marie Guihard  1, *@  
1 : Centre Michel de Boüard - Centre de recherches archéologiques et historiques anciennes et médiévales  (CRAHAM)  -  Site web
CNRS : UMR6273, Université de Caen
Bâtiment N Esplanade de la paix 14032 CAEN CEDEX 5 -  France
* : Auteur correspondant

Auteurs : Nicole Guilleux (MCF) et Pierre-Marie Guihard (Ingénieur)

Les faits historiques sont bien connus : l'acceptation de la monnaie frappée dans la péninsule italienne est un long processus, qui voit le jour au début du IIIe siècle av. J.-C. Jusqu'à cette date, ce qu'on appréhende, ce sont les diverses formes que revêt le métal prémonétaire dans les échanges, ainsi que l'évolution qui conduit à la monnaie stricto sensu (coin, Münze). Qu'une quantité de métal ait joué un rôle prémonétaire est décelable, en particulier, à travers des ensembles – comme les trouvailles de Campegine, Castelfranco, Vulci, Cerveteri, Castelnuovo – constitués de morceaux de cuivre ou de bronze bruts (aes rude) et/ou de lingots de bronze estampillés (ramo secco, aes signatum), c'est-à-dire d'objets obtenus par fusion seule ou par fusion et moulage. On estime que l'aes rude a été utilisé dès le VIIIe siècle av. J.-C., tandis que les lingots estampillés de type ramo secco apparaissent entre le VIe et le IVe siècle av. J.-C. et les formes ultérieures d'aes signatum entre la fin du IVe et le IIIe siècle av. J.-C. L'aes rude aussi bien que les lingots estampillés accréditent le choix de mettre en forme, grossièrement ou non, une quantité de métal coulé pour estimer des biens dans le cadre de transactions et pour capitaliser son argent (money, Geld). Pourtant, l'étymologie du verbe latin aestimāre « fixer la valeur, le prix, estimer » oblige à envisager que le débitage du métal a pu être pratiqué. En effet, le latin classique aestimāre (forme archaïque aestumāre), en tant que verbe en -āre, est formé sur une base composée *ais‑tomos qui signifie proprement « qui coupe le bronze ». Il nous paraît que les exemples de cette pratique dans la Péninsule italienne prennent sens dans la perspective croisée de la numismatique et de la linguistique historique. Le but de la présentation est donc de mettre en évidence le fait que le verbe latin, dont l'étymologie est bien établie malgré le refus de Meillet dans son Dictionnaire étymologique de la langue latine, renvoie à une réalité attestée par le découpage de certains artefacts prémonétaires, en particulier les lingots de type ramo secco pour lesquels précisément le débitage est avéré, dans le cadre probable de paiements de valeurs moindres et d'une économie du métal pesé. 



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