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Mégalithisme ardéchois et architecture paysanne au 19e siècle
Florent Châteauneuf  1, *@  
1 : Docteur associé
laboratoire méditerranéen de préhistoire europe afrique umr 7279
* : Auteur correspondant

Une longue exploration des dolmens ardéchois permet de dresser un bilan de l'ampleur des transformations récentes subies par ces architectures. Les plateaux et collines calcaires où sont logés les sites, aujourd'hui incultes, firent l'objet aux temps historiques récents d'une intense activité agricole et pastorale. Ce regain de fréquentation occasionna d'importantes modifications dans le paysage local (terrasses de cultures, enclos, tas d'épierrement, abris...).

 

Jusqu'alors relativement préservés par une certaine crainte liée à leur fonction mortuaire, les dolmens subirent aussi au 19e siècle des réaménagements qui en altérèrent irrémédiablement la forme. Certaines de ses recompositions architecturales apparaissent au premier coup d'œil mais d'autres sont plus subtiles et peuvent se confondre avec le projet primitif. Dans tous les cas, ces nouvelles utilisations masquent au moins en partie la tombe. Il devient alors nécessaire de bien identifier chacune des parties au cours d'un examen minutieux des blocs et agencements.

 

Nous avons donc recherché et classé ces nouvelles utilisations qui firent preuve souvent d'opportunisme dans le réemploi des matériaux du dolmen. En effet, la carcasse mégalithique a pu servir de charpente à un futur abri, une longue dalle dressée a pu permettre une économie de matériaux lors de la construction d'un enclos. De même, la recharge du tertre avec des matériaux d'épierrement donna lieu à un gain de terre arable et le monticule que constitue déjà le monument fut propice à l'installation d'un point d'observation. Néanmoins, toutes ces nouvelles utilisations témoignent d'un savoir-faire indéniable dans le maniement de la pierre sèche.

 

Enfin, il est à noter que ces architectures en grosses dalles semblent, dans une certaine mesure, avoir inspirées les paysans du 19e siècle. En tout état de cause, quelques constructions de ces plateaux calcaires où abondent les dolmens, laissent voir l'emploi de grosses dalles dressées ou posées en guise de couverture.

 

Ce type de recyclage d'un monument mégalithique, remontant à une histoire récente du site, demeure souvent inédit. En effet, par le passé, ses constructions ont généralement fait l'objet d'un démontage systématique avant fouille. Aujourd'hui, parce qu'elles sont encombrantes et qu'elles ont endommagées la tombe, les dolmens affectés sont écartés des projets de fouilles. Aussi, par une prospection attentive ainsi qu'au travers d'archives contemporaines, nous avons tenté de restituer la fonction de l'édifice transformé. Un examen minutieux des blocs nous a enfin permis de proposer des hypothèses pour la restitution de certains gestes du paysan bâtisseur.


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