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De l'utilisation en percussion lancée d'éclats bruts massifs dans les activités bouchères et du travail du bois : le niveau moustérien de la Doline de Cantalouette II (Dordogne-France)
Ignacio Clemente Conte * , Millán Mozota Holgueras * , Frédéric Blaser  1, *@  , Lauren Bourguignon * @
1 : Institut national de recherches archéologiques préventives  (Inrap)
Ministère de la Culture et de la Communication
* : Auteur correspondant

Le niveau Moustérien de la Doline de Cantalouette II, d'âge moyen de 60.000 ans, remarquable par sa richesse, sa composition et sa structuration récurrente des activités dans l'espace (Bourguignon et al. 2008) livre une gamme d'instruments lithiques utilisés en percussion lancée. Outre une panoplie importante des percuteurs de taille (sur galets de quartz, éclats ou nucléus en silex) , des éclats massifs en silex ont également été utilisés selon cette gestuelle pour des opérations de traitement de matériaux périssables tels les carcasses animales ou les végétaux. C'est exclusivement sur ces dernières utilisations que nous orienterons notre communication.

Les activités de production de ce Moustérien récent participent essentiellement d'un débitage algorithmique mettant en œuvre des séries unipolaires récurrentes obtenues selon des plans de fracturation sub-parallèles aux dépens d'une ou de plusieurs surfaces. Des éclats épais, présentant souvent une asymétrie latérale sont obtenus à partir d'un ou plusieurs plans de frappe circonscrits (opposés ou perpendiculaires) et très rarement aménagés. Plus rarement un débitage Levallois à éclat préférentiel, orienté vers une exportation des produits est également mis en œuvre. La production principale est quasi exclusivement réalisée pour une utilisation immédiate des éclats, distante du poste de taille, avec ou sans, aménagement des parties actives et préhensées par la retouche (Bourguignon et al. 2008). C'est parmi cette production qu'une sélection d'éclats massifs aisément préhensibles à mains nues, souvent issus des premières étapes de la chaîne opératoire (corticaux), s'opère pour leur utilisation en percussion lancée. Sur la base d'une sélection macroscopique de tranchants (souvent bruts) présentant des stigmates d'écrasement, d'arrachement ou d'esquillement, une lecture fonctionnelle a été réalisée selon la méthodologie analytique développée par S.A. Semenov (1964). Parallèlement, s'agissant d'objets de grandes dimensions des répliques sur papier acétate ont été réalisés. Deux registres d'activité en percussion lancée ont été déterminés, l'un orienté vers des travaux de boucherie, l'autre vers le travail du bois. Pour ce qui est des activités bouchères ces gros éclats massifs ont été utilisés comme des fendoirs, couperets ou feuilles de boucher. Sur les fils des ces instruments sont documentés de grands enlèvements résultant du choc sur les ossements durant la désarticulation ou le dépeçage des animaux. Les matières végétales dures, demi-durs et ligneuses quant à elles ont également été travaillées en percussion lancée essentiellement dans l'objectif de les amincir ? (desbartar). Certaines pièces de très grandes dimensions suggèrent une prise à deux mains et, dans ce cas, un seul fil de tranchant est utilisé. Sur les autres pièces de moins grandes dimensions, pouvant être tenues avec une seule main, le nombre de parties actives est plus important (au moins deux). Ces parties actives sont souvent denticulées (plus ou moins grandes encoches retouchées ou non) au sein desquelles se concentrent les polis d'usage. Ces denticulations sont, dans certains cas, initialement aménagées mais peuvent être aussi la conséquence du choc sur le matériau lors de la percussion.

Ces deux registres d'activités seront donc ici présentées en détaillant et illustrant les stigmates et polis d'usage relatifs à chacun d'eux.



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